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Mittwoch, 11. November 2020

Camille Lemonnier: Un Mâle illustré par Géo Dupuis

 Georges Gustave Léon Dupuis dit Géo Dupuis, né le au Havre et mort le est un artiste peintre, illustrateur et graveur français. 

Il est surtout connu en tant qu'illustrateur, avec son trait puissant et expressif, ses gravures sur bois d'un style assez novateur pour l'époque. Il collabora avec de nombreuses maisons d'édition pour des œuvres de Balzac, Maurice Barrès, Arthur Conan Doyle, Émile Zola, Camille Lemonnier, etc., tant sur des formats populaires que sur du demi-luxe.  (Wikipedia)


Eine deutsche Übersetzung von Lemonniers Un Mâle erschien erst 1971 mit dem Titel Irrweg einer Liebe. Ich ziehe allerdings den französischen Titel Un Mâle, der soviel bedeutet wie Ein Mann. dem deutschen, etwas reisserischen vor.







La jeune fermière alors gagna le sentier qui longe le verger et mène aux champs.
 
— Aide-moi à charger le sac sur mes épaules. Il haussa d'un tour de main le sac jusqu'à son dos, et comme elle se mettait en marche, il l'arrêta par le bras : — Tu t'en vas comme ça ?

 

Le bûcheron Hornu et sa femme

 
Cette petite troupe se perdit dans le matin bleu du bois, tous les merles sifflant à la fois, comme pour saluer celui qui s'en allait.
 

Elle rentrait, son fils sur le dos, dans la maison d'où elle était sortie le matin, son mari sur les épaules.

 
Elle passait entre les lignes, la banne aux pommes de terre pressée contre sa hanche, prenant dans la banne, puis jetant devant elle ; et ce geste, qui recommençait, avait une grandeur.
 
Il s'approcha d'elle, et la tirant par les poignets de toute sa force, la tint contre sa joue.— Ça se fait comme ça, dit-il en riant.
 
Comme elle l'avait dit à Cachaprès, Germaine était la fille du garde forestier Narcisse Maucord, tué par la foudre, il y avait à peu près quinze ans, dans le bois des Chenaux.
 


Il la regardait d'en haut, plongeant ses yeux dans les siens, les laissant descendre ensuite dans son cou. Elle fit un mouvement pour se dégager et vit qu'elle était tenue. Si c'était cela qu'il appelait être amis, ah bien non ! elle ne voulait pas, et elle lui cria de la laisser. Il lui reparla de son caractère, de l'argent qu'il gagnait, de sa vie dans le bois, et elle l'écoutait, les yeux vagues.
 
Il avait fait un feu de brandes et l'avait mis rôtir au bout de la baguette deson fusil. Il aurait mangé la peau avec, ce matin-là, tant son ventre était creux. Deux jours après, il avait raflé un coq derrière la haie de la ferme des Osiers.
 
Les Duc ramassèrent l'enfant et, l'ayant portée dans leur hutte, relevèrent au lait de chèvre.Elle devint vraiment leur fille. Ils ne l'auraient pas mieux aimée si elle leur était sortie des entrailles, et elle avait poussé dans leur vie comme une partie d'euxmêmes, ayant leur rudesse, leurs instincts, leur haine de tout ce qui n'était pas la forêt.
 
Il y avait un moyen très simple pour Cachaprès de se procurer de l'argent : c'était de faire le bois. L'après-midi s'achevait dans un apaisement. Le ciel, éclairci par l'ondée, élargissait sur les arbres un azur pâle, qui commençait à se dorer vers l'horizon. Une vapeur montait des terres trempées par l'averse. I1 se dirigea vers un fourré. Un passage étroit, presque invisible, conduisait à un enchevêtrement de ronces. .
 
Il s'était baissé, était demeuré un instant immobile à regarder ces voies suggestives. Quelques-unes, toutes fraîches, allaient de la partie de la clairière qui était à sa droite vers celle qui était à sa gauche. Des abattures plus rapprochées se mêlaient à des foulées larges. Nul doute, une chevrette avait passé là de compagnie avec son brocard.
 
Cachaprès, arc-bouté sur sa branche, la tête ramassée dans les épaules, leva son terrible bras plus ferme qu'un pieu. Une férocité battait à sa narine. Il avait ouvert son couteau et guettait la place où il allait frapper.
 
— Tiens ! dit-il, c'est toi, Gadelelte ? P'tite ramena ses jambes sous ses reins, se retournasans rien dire, et, une heure durant, tandis qu'il dormait son puissant sommeil à pleins poumons, elle demeura éveillée, se rongeant les ongles et le regardant de ses yeux de chat sauvage.
 
 
Il regardait les paysans la tête haute, avec son instinct de sauvage indépendance.
 

Il s'allongea, se mit à l'aise. Le marchand lui compta l’argent, écu par écu.

 
Le jour de la kermesse arriva.


Germaine, pendant ce temps, gagnait le village à petits pas de promenade. La fille du fermier des Oseraies, Célina Malouin, était allée la prendre avec sa mère, après le repas de midi, et elles avaient résolu de faire la route à pied.

 

Puis on entra dans la chambre du rez-de-chaussée, où les Champigny recevaient leur monde. Il y avait une belle toile cirée sur la table, et sur la toile une énorme tarte au riz, avec une croûte couleur safran. La fermière plongea son couteau dans la tarte, en fit des quartiers, et chacun tira le morceau qui lui convenait le mieux. Une grosse fille de ferme entra alors, en disant : « Bonjour, tout le monde », la face largement fendue d'un rire, et mit sur la table une cafetière du bec de laquelle s'échappait une fumée brune, odorant la chicorée. — Encore une tasse ! Encore un morceau de tarte !

Les couples tournoyaient. Chaque fois qu'ils passaient dans le rais de soleil, une lueur jaune illuminait les visages, enveloppait les vestes et les robes qui ensuite s'obscurcissaient dans la pénombre. Des sourires, immobiles crevaient la face béate des filles. Les garçons, sérieux, les yeux baissés, semblaient 'se livrer à un devoir de profession. Quelques-uns, demi-gris, cramponnés à leurs danseuses et les entourant de toute la largeur de leurs bras, mettaient leur gloire à sauter très haut en frappant fortement leurs pieds à terre.

Il se balança alors devant elle, souriant et lui disant : — Si tu voulais, nous serions une bonne paire d'amis, tout de même. Elle l'écoutait sans rien dire, les sourcils écarqués, gagnée par des songeries mauvaises.


Ils s'assirent sous un des hêtres, lui allongé près d'elle, sa tête dans lespoings, et la regardant. Elle glissa la main dans ses cheveux.

C'était une vache en train de vêler. Les maux la faisaient meugler, tantôt debout, tantôt couchée, et les autres vaches la regardaient de leurs yeux ronds, le mufle tendu, inquiètes. La vachère était auprès d'elle et l'aidait, lui passant les mains sur le ventre de chaque côté et pressant le veau vers le bas, vigoureusement. Les douleurs de la gésine grandissant, la bête geignait sourde et râlante. Ses lamentations s'entendaient à présent de loin, et il y avait dans ces lamentations de la douleur et de l'épouvante. Elle aussi avait connu le puissant amour du taureau, et bouleversée, Germaine pensa à l'enfantement. Devant elle, la nature invulnérable dormait dans l'immobilité de la nuit. Une paix immense flottait sous le bleuissement de la lune. Et par larges bouffées, le chèvrefeuille l'enveloppait de ses odeurs.

 

Et il se lamentait, ne pouvant se résigner à la séparation. Il prenait sa tête à deux mains, avec désespoir, et suppliait Germaine de rester encore. Ou bien, il l'emprisonnait dans ses bras, ...

 

Il l'emportait comme un trésor et comme une proie. Une torpeur l'avait prise, elle se laissait entraîner. Ils s'enfoncèrent dans le bois.

C'était devenu une habitude de lui donner. Elle se béquillait sur un bâton, courbée, geignant, traînant la jambe, très proprement vêtue toujours, avec des biglements d'yeux qui amusaient. On ne savait pas au juste si elle était pauvre vraiment, mais on donnait;


— Nom de Dieu ! j' suis qu'un coïon, cria-t-il. Elle se pendit, lui enfonçant dans la poitrine les pointes de sa gorge. Il se débattait. — T'es une enjôleuse. On s' quittera !

 
Lui, il l’écoutait distraitement, supputant le prix de la vache par avance. Il entra dans la maison et cogna les dalles du vestibule, du bout ferré de son parapluie.
 

— Là, dit-il, j' la prends pour six cent vingt-cinq. Et il rentra.

 

Ils regardaient les coquillages, l'écran, la glace, leurs mains posées sur leurs genoux, sans rien dire.

Tout à coup, derrière eux, une forme noire se détacha du taillis et, debout sur le bord de la chaussée, un homme regarda dans la nuit.

De minute en minute les terribles pouces se rapprochaient, entraient un peu plus dans la chair, et Hubert se sentait étranglé sans hâte, la gorge déjà sibilante et les stupeurs de la mort dans l'oeil. Maté, il eut un aboiement rauque, qui suppliait; et rappelé à lui par ce cri étouffé d'agonie, Cachaprès desserra ses doigts d'un geste machinal. Puis, se haussant sur les genoux, collant à ce visage crispé son grand visage douloureux, il examina l'homme comme il l'avait garrotté, d'un effort lent, continu, qui, petit à petit, débrouillait ses souvenirs.
 

Petit à petit, une détermination froide pénétra dans son esprit ; il s'arrêta devant elle, et, d'unevoix lente, lui dit : — Ce qui est fait est fait, Germaine. Y a pas à revenir dessus. L'homme était sur son cheval. J' l'ai mis à bas, j' l'ai roulé. J' l'aurais vidé de son sang.

 

— Lis ça, tiens. C'est Hayot qui m'écrit. Y m'dit tout et que t'es mon déshonneur, le déshonneur de ma maison. A présent, lui et moi, nous sommes ennemis pour la vie et nos fils sont les ennemis de ses fils, et y aura p't-être pis encore. Mille Dieu! Tout ça, parce que t'as manqué à ton devoir, à ton honneur. Va-t'en! T'es pas de not' sang, j' te dis. Une fille à moi, qu' j'aurais eue de mon lit avec ta mère, n'm'aurait pas fait ce chagrin. C'est fini de toi! Va-t'en, j' le dis encore une fois I Y a plus de place sous mon toit pour une coureuse ! Demande à c't homme de te prendre sous le sien', fille de rien qu'as trahi ton père.



Puis, se redressant, déchiré, en lambeaux, la face boueuse et sanglante, il sauta par dessus Bayonnet et Bastogne, bondit dans le bois.


En ce moment, l'être que le Mâle avait mis dans ses entrailles tressaillit, et, prise d'une désespérance, elle songea à ce soir où les lamentations de la vache en gésine avaient rempli l’étable et les cours, s'élargissant par-dessus la sérénité des campagnes, à travers les houles de l'ombre.




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