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Freitag, 21. Januar 2022

LES MISÉRABLES par Victor Hugo, Dessins par Gustave Brion, Cinquième Partie

 JEAN VALJEAN

LIVRE PREMIER-LA GUERRE ENTRE QUATRE MURS 

Dans l'intérieur de cette salle, à peine éclairée d'une chandelle, tout au fond, la table mortuaire
étant derrière le poteau comme une barre horizontale, une sorte de grande croix vague résultait de Javert debout  et de Mubeuf couché.


Les cinq hommes désignés sortirent de la barricade par la ruelle Mondétour; ils ressemblaient
parfaitement à des gardes nationaux. Un d'eux s'en alla en pleurant. Avant de partir, ils embrassèrent ceux qui restaient.



Il  y avait, à quelques pieds au-dessous de la croisée de Cosette, dans la vieille corniche toute
noire du mur, un nid de martinets; l'encorbellement de ce nid faisait un peu saillie au delà
de la corniche, si bien'que d'en haut on pouvait voir le dedans de cepetit paradis. La mère y était, ouvrant ses ailes en éventail sur sa couvée; le père voletait, s'en allait, puis revenait,
rapportant dans son bec de la nourriture et des baisers. 

 

Gavroche avait pris un panier à bouteilles dans le cabaret, était sorti par la coupure, et était paisiblement occupé à vider dans son panier les gibernes pleines de cartouches des gardes nationaux tués sur le talus de la redoute. —Qu'est-ce que tu fais là? dit Courfeyrac.
Gavroche leva lé nez:
—Citoyen, j'emplismon panier.
—Tu ne vois donc pas la mitraille? -
Gavroche répondit:
—Eh bien, il pleut. Après?


 

Gavroche n'était tombé que pour se redresser; il resta assis sur son séant, un long filet de sang rayait son visage, il éleva ses deux bras en l'air, regarda du côté d'où était venu le coup, et se mit à chanter:          Je suis tombé par terre,
C'est la faute à Voltaire,
Le nez dans le ruisseau,  C'est la faute à.....


Dès qu'ils ne furent plus en vue, l'aîné se coucha vivement à plat ventre sur le rebord arrondi du bassin, et, s'y cramponnant dela main gauche, penché surl'eau, presque prêt à y tomber, étendit avec sa main droite sa baguette vers le gâteau. Les cygnes, voyant l'ennemi, se hâtèrent et en se hâtant firent un effet de poitrail utile au petit pêcheur; l'eau devant les cygnes reflua, et l'une de ces molles ondulations concentriques poussa doucement la brioche vers la baguette de l'enfant. Comme les cygnes arrivaient, la baguette toucha le gâteau. L'enfant donna un coup vif, ramena la brioche, effraya les cygnes, saisit le gâteau, et se redressa.


Jean Valjean- coupa la martingale que Javert avait au cou, puis il coupa les cordes qu'il avait aux poignets, puis, se baissant, ilcoupa la ficelle qu'il avait aux pieds; et, se redressant, il lui dit:
—Vous êtes libre.

Les assauts se succédèrent. L'horreur alla grandissant.
Alors éclata sur ce tas de pavés, dans cette rue delaChanvrerie, une lutte digne d'une muraille de Troie.


...et il y eut un instant horrible, les soldats voulant pénétrer, les insurgés voulant fermer. La porte fut close avec une telle violence qu'en se remboîtant dans son cadre, elle laissa voir coupés et collés
à son chambranle les cinq doigts d'un soldat qui s'y était cramponné.

 

Ce sourire n'était pas achevé que la détonation éclata. Enjolras, traversé de huit coups de feu, resta
adossé au mur comme si les balles l'y eussent cloué. Seulement il pencha la tête. Grantaire, foudroyé, s'abattit à ses pieds.
 

Ecarter les pavés, soulever la grille, charger sur ses épaules Marius inerte comme un corps mort, descendre, avec ce fardeau sur les reins, en s'aidant des coudes et des genoux, dans cette espèce de puits heureusement peu profond, laisser retomber au-dessus de sa tête la lourde trappe de fer sur laquelle les pavés ébranlés croulèrent de nouveau, prendre pied sur une surface dallée à trois mètres audessous du sol, cela fut exécuté comme çe qu'on fait dans le délire, avec une force de
géant et une rapidité d'aigle; cela dura quelques minutes à peine.
Jean Valjean se trouva, avec Marius toujours évanoui, dans une sorte de long corridor souterrain.

 

LIVRE DEUXIÈME—L'INTESTIN DE LÉVIATHAN

 

Bruneseau approcha sa lanterne et examina ce lambeau. C'était de la batiste très-fine, et l'on
distinguait à l'un des coins moins rongé que le reste une couronne héraldique brodée audessus
de ces sept lettres: LAVBESP. La couronne était une couronne de marquis et les sept lettres signifiaient Laubespine.

 

 LIVRE TROISIÊME-LA BOUE, MAIS L'AME

Les deux bras de Marius étaient passés autour de son couetles pieds pendaient derrière lui. Il tenait les deux bras d'une main et tâtait le mur de l'autre. La joue de Marius touchait la sienne et s'y collait, étant
sanglante. Il sentait couler sur lui et pénétrer sous ses vêtements un ruisseau tiède qui venait de Marius.


Jean Valjean déchira sa chemise,banda les plaies le mieux qu'il put et arrêta le sang qui coulait; puis, se penchant dans ce demijour sur Marius toujours sans connaissance et presque sans souille, il le regarda avec une inexprimable haine.


Au milieu de cet anéantissement, une màin se posa sur son épaule, et une voix qui parlait
bas lui dit: -Part à deux. -
Quelqu'un dans cette ombre?Rien ne ressemble au rêve comme le désespoir, Jean Valjean
crut rêver. Il n'avait point entendu de pas. Était-ce possible? il leva les yeux. Un homme était devant lui.
Cet homme était vêtu d'une blouse; il avait les pieds nus; il tenait ses souliers dans sa main gauche; il les avait évidemment ôtés pour pouvoir arriver jusqu'à Jean Valjean; sans qu'on l'entendit marcher.


Javert mit le casse-tête entre ses dents, ploya les jarrets, inclina le torse, posa ses deux mains puissantes sur les épaules de Jean Yaljean, qui s'y emboîtèrent comme dans deux étaux, l'examina, et le reconnut. Leurs visages se touchaient presque. Le regard de Javert était terrible.


Tout en portant Marius de la sorte, Jean Valjean glissa sa main sous les vêtements qui
étaient, largement déchirés, tâta la poitrine et s'assura que le coeur battait encore. 



Il aperçut le lit, et sur le matelas ce jeune homme sanglant, blanc d'une blancheur de cire, les yeux fermés, la bouche ouverte, les lèvres blêmes, nu jusqu'à la ceinture, tailladé partout de plaies vermeilles, immobile, vivement éclairé.
 
 

 Marius! cria le vieillard. Marius! mon petit Marius! mon enfant! mon fils bien-aimé!
Tu ouvres les yeux, tu me regardes, tu es vivant, merci ! Et il tomba évanoui.



LIVRE QUATRIÈME—JAVERT DÉRAILLÉ

Un moment après, une figure haute et noire, que de loin quelque passant attardé eût pu prendre pour un fantôme, apparut debout sur le parapet, se courba vers la Seine, puis se redressa et tomba droite dans les ténèbres; il y eut un clapotement sourd; et l'ombre seule fut dans le secret des convulsions de cette forme obscure disparue sous l'eau.


LIVRE CINQUIÈME—LE PETIT-FILS ET LE GRAND-PERE


Et, chose poignante, il y avait derrière le tas de pierres, devant l'arbre à la plaque de zinc, de la terre toute fraîche remuée, une pioche oubliée ou abandonnée, et un trou. Ce trou était vide. —Voleur ! cria Boulatruelle en montrant les deux poings à l'horizon.

 

Le soir, en rentrant dans sa chambre, il dansa une gavotte,en faisant des castagnettes avec son pouce et s'en index, et il chanta une chanson que voici:

Jeanne est née à Fougère,
Vrai nid d'une bergère;
J'adore son jupon
Fripon.

 
Et il prit la tête de Marius, et il la serra dans ses deux bras contre sa vieille poitrine, et tous deux se mirentà pleurer. C'est là une des formes du bonheu rsuprême.
—Mon père ! s'écria Marius.
—Ah! tu m'aimes donc! dit le vieillard.


Il s'assit près d'eux, fit asseoir Cosette, etprit leurs quatre mains dans ses vieilles mains ridées:
—Elle est exquise, cette mignonne. C'est un chef-d'oeuvre, cette Cosette-là!


LIVRE SIXIÈME—LA NUIT BLANCHE

Cependant, deux autres masques de la même voiture, un Espagnol au nez démesuré avec un air vieillot et d'énormes moustaches noires, et une poissarde maigre, et toute jeune fille, masquée d'un loup, avaient remarqué la noce, eux aussi, et pendant que leurs compagnons et les passants s'insultaient, avaient un dialogue à voix basse.


Au dessert, M. Gillenormand debout, un verre de vin de Champagne en main, à demi plein pour que le tremblement de ses quatrevingt-douze ans ne le fit pas déborder, porta la santé des mariés.


Alors sa vénérable tête blanche tomba sur le lit, ce vieux coeur stoïque se brisa, sa face s'abîma
pour ainsi dire dans les vêtements de Cosette, et si quelqu'un eût passé dans l'escalier en ce moment, on eût entendu d'effrayants sanglots.


LIVRE SEPTIÈME
LA DERNIÈRE GORGÉE DU CALICE


 
Jean Valjean dénoua la cravate noire qui lui soutenait le bras droit, défit le linge roulé autour de sa main, mit son pouce à nu et le montra à Marius. —Je n'ai rien à la main, dit-il. Marius regarda le pouce.

En ce moment à l'autre extrémité du salon, la porte s'entr'ouvrit doucement et dans l'entrebâtillement
la tête de Cosette apparut. On n'apercevait que son doux visage, elle était admirablement décoiffée, elle avait les paupières encore gonflées de sommeil. Elle fit le mouvement d'un oiseau qui passe sa tête hors
du nid, regarda d'abord son mari, puis Jean Valjean, et leur cria en riant, on croyait voir un sourire au fond d'une rose: —Parions que vous parlez politique. Comme c'est bête, au lieu d'être avec moi!

Il s'affaissa sur un fauteuil et cacha son visage dans ses deux mains. On ne l'entendait pas, mais aux secousses de ses épaules, on voyait qu'il pleurait. Pleurs silencieux, pleurs terribles.

Il y a de l'étouffement dans le sanglot. Une sorte de convulsion le prit, il se renversa en arrière sur le dossier du fauteuil comme pour respirer, laissant pendre ses bras et laissant voir à Marius sa face inondée de larmes, et Marius l'entendit murmurer si bas que sa voix semblait être dans une profondeur sans fond:—Oh, je voudrais mourir!


—Ah! vous m'avez dit tu! s'écria Cosette. Et elle lui sauta au cou. Jean Valjean, éperdu, l'étreignit contre sa poitrine avec égarement. Il lui sembla presque qu'il la reprenait. —Merci, père! lui dit Cosette.


LIVRE HUITIÈME - LA DÉCROISSANCE CRÉPUSCULAIRE


...il atteignait la rue des Filles-du-Calvaire ; alors il s'arrêtait, il tremblait, il passait sa tête avec
une sorte de timidité sombre au delà du coin de la dernière maison, et il regardait dans cette
rue, et il y avait dans ce tragique regard quelque chose qui ressemblait à l'éblouissement de
l'impossible et à la réverbération d'un paradis fermé. 

LIVRE NEUVIÈME
SUPRÊME OMBRE, SUPRÊME AURORE


Chaque pas qu'il faisait en allant d'un meuble à l'autre l'exténuait, et il était obligé de s'asseoir. Ce n'était point de la fatigue ordinaire qui dépense la force pour la renouveler; c'était le reste des mouvements possibles ; c'était la vie épuisée qui s'égoutte dans des efforts accablants qu'on ne recommencera pas.


Sa main tremblait. Il écrivit lentement quelques lignes que voici: « Cosette, je te bénis. Je vais t'expliquer....


Basque annonça: —Monsieur Thénard. Un homme entra. Nouvelle surprise pour Marius. L'homme qui
entra lui était parfaitement inconnu. Cet homme, vieux du reste, avait le nez gros le menton dans la cravate, des lunettes vertes à double abat-jour de taffetas vert sur les yeux, les cheveux lissés et aplatis sur le front au ras des sourcils comme la perruque des cochers anglais de high life. Ses cheveux étaient gris. 1l était vêtu de noir de la tête aux pieds, d'un noir très-râpé, mais propre; un trousseau de breloques, sortant de son gousset, y faisait supposer une montre. Il tenait à la main un vieux chapeau!

Thénardier acheva la phrase en tirant de sa poche et en tenaut, à la hauteur de ses yeux, pincé entre ses deux pouces et ses deux index, un lambeau de drap noir déchiqueté, tout couvert de taches sombres.


 
La porte s'ouvrit. Cosette et Marius parurent. Cosette se précipita dans la chambre.
Marius resta sur le seuil, debout, appuyé contre le montant de la porte. —Cosette! dit Jean Valjean. Et il se dressa sur sa chaise, les bras ouverts et tremblants, hagard, livide, sinistre, une joie immense dans les yeux.

Et, s'asseyant sur les genoux du vieillard, elle écarta ses cheveux blancs d'un mouvement
adorable, et lui baisa le front. Jean Valjean se laissait faire, égaré.


Cosette et Marius tombèrent à genoux, éperdus, étouffés de larmes, chacun sur une des
mains de Jean Valjean. Ces mains augustes ne remuaient plus. Il était renverséeù arrière, la lueur des deux chanceliers l'éclairait; sa face blanche regardait le ciel, il laissait Cosette et Marius couvrir
ses mains de baisers; il était mort.



Dienstag, 18. Januar 2022

Marcel Pagnol LE CHATEAU DE MA MERE, ILLUSTRATION DE DUBOUT

 

Albert Dubout (* 15. Mai 1905 in Marseille; † 27. Juni 1976 in Saint-Aunès) war ein französischer Künstler, Plakatkünstler und Karikaturist.

Dubout illustrierte über 80 Werke, veröffentlichte 27 Alben, gestaltete 80 Kino- und Werbeplakate und malte 70 Ölgemälde (das bekannteste davon sind die Corridas).

 

Albert Dubout (1905 –1976, French) - The Great Cat